Leçon I: La nature du Vril

Dans l’Enseignement Arcanique, le terme « Vril » désigne le principe universel d’énergie vitale, de force de vie ou de magnétisme vital, comme on l’appelle parfois. On croit que ce terme lui-même trouve son origine dans la langue de l’ancienne Atlantide, la tradition affirmant que la racine atlante vri, signifiant « vie », est à l’origine du mot Vril, ce dernier exprimant l’idée du principe vital ou de l’énergie de vie.

On pense que cette racine originelle a influencé des termes élémentaires similaires en sanskrit, et à travers celui-ci, cette grande source des langues qu’est le latin, dont notre propre langue est en grande partie dérivée. Dans de nombreuses langues, on trouve des mots indiquant la vigueur virile, l’énergie, la virilité, qui doivent sans doute leur origine à la racine atlante originelle veros, signifiant « un héros ». En sanskrit, nous découvrons vira, qui signifie « un héros », et en vieil irlandais vear, qui signifie « un homme ». Le gotique wair et l’anglo-saxon wer, signifiant chacun « un homme », ainsi que le mot latin vir, signifiant « un homme » (d’où proviennent nos termes « viril » et « virilité »), semblent également avoir été dérivés du terme atlante vri, ou « vie ». Il était tout à fait naturel d’identifier le concept d’« homme » avec celui de « vie ». Dans notre propre langue, les termes « viril » et « virilité » indiquent la force de vie ou l’énergie vitale, particulièrement dans le sens du pouvoir procréateur, l’usage de ces termes confirmant la théorie ci-dessus quant à leur origine.Bulwer, qui était très versé dans les traditions et les termes occultes, utilisa le terme « vril » dans l’un de ses romans pour désigner une forme mystérieuse d’énergie employée par une race de personnes nouvellement découverte et très avancée, sur les faits et gestes de laquelle son histoire était basée. Il est presque certain que Bulwer a emprunté ce terme à certains des anciens écrits occultes, avec lesquels il était si familier, et que l’ancien terme arcanique « vril » lui était connu.

Dans bon nombre de ces anciens traités occultes, on trouve de fréquentes références au « Vril », non seulement dans son sens de principe d’énergie vitale, mais aussi dans celui d’énergie inhérente et utilisable que nous cherchons à exprimer par le terme « magnétisme humain ». Dans de tels écrits, on emploie le terme pour expliquer de nombreux phénomènes de l’occultisme. Presque toutes, sinon toutes les écoles d’occultisme, dans tous les pays et à toutes les époques, ont enseigné l’existence de ce merveilleux principe d’énergie. Dans le mysticisme persan, le terme glama est utilisé dans le même sens ; dans l’occultisme hindou, nous trouvons le mot prana servant un but similaire. Mesmer semble avoir entrevu cette vérité lorsqu’il enseigna l’existence du « fluide universel », bien qu’il fût loin de la vérité dans les déductions qu’il en tira. Dans le renouveau de l’intérêt pour la science occulte dans les pays occidentaux, si remarquable au cours de la génération passée et qui se poursuit jusqu’à aujourd’hui, nous trouvons de fréquentes références au « magnétisme humain », au « magnétisme animal », au « magnétisme vital ». Et dans les écoles de « guérison magnétique » qui attirèrent tant d’attention il y a une dizaine d’années, on entendit beaucoup parler du « fluide magnétique ». L’existence du principe de la Nature que nous appelons « Vril » dans l’Enseignement Arcanique a été reconnue par de nombreuses écoles de pensée tout au long de l’histoire humaine. De nombreux noms lui ont été donnés, et de nombreuses théories ont été avancées pour expliquer son existence et pour rendre compte de ses buts et de ses effets. Nous n’essaierons pas de retracer l’histoire de cette idée, ni d’examiner les nombreuses explications tentées mentionnées ci-dessus. Nous préférons aller à la source et présenter l’Enseignement Arcanique originel concernant le principe du Vril.

Dans l’Enseignement Arcanique, donc, le terme « Vril » est utilisé dans plusieurs sens, généraux et particuliers, comme nous le verrons au fur et à mesure. En premier lieu, le Vril est considéré comme un grand principe cosmique d’énergie très fine qui pénètre toutes les formes de matière, et qui est également immanent dans les processus de pensée, étant employé par le principe de l’esprit dans son travail de pensée. Mais le Vril n’est pas identique à l’esprit. L’esprit est tenu pour être la manifestation première de l’Infini. Du principe mental naquirent le Vril et les formes plus grossières d’énergie, puis les formes de matière, fines et grossières. Dans ce sens originel, le Vril est perçu comme un grand principe universel dont procèdent de multiples manifestations d’activités. Le Vril, dans cette phase d’existence, ne peut être défini pas plus qu’aucun principe universel ne peut l’être. Nous n’avons pas de mots pour le définir ou l’expliquer ; c’est seulement lorsque nous descendons à la considération de ses manifestations que nous sommes en mesure de l’expliquer ou de le définir en termes finis.

Dans le second sens du terme, le Vril est le principe du pouvoir vital intérieur ou de l’énergie que l’on trouve immanent dans toutes les formes de matière spécialisée, inorganique ou organique. C’est cette reconnaissance de l’immanence universelle qui a conduit la science à avancer les nouvelles théories selon lesquelles la Vie est présente dans toutes les formes de matière, même dans les états, phases et formes les plus crus et les plus grossiers de la matière. Haeckel affirme hardiment que les atomes de matière possèdent quelque chose qui s’apparente à la vie, et qu’ils manifestent la capacité de percevoir quelque chose comme des sensations, ainsi que la capacité d’y répondre. Haeckel dit : « Les deux formes fondamentales de substance, la matière pondérable et l’éther, ne sont pas mortes et seulement mises en mouvement par une force extérieure, mais elles sont douées de sensation et de volonté (bien que naturellement du degré le plus bas) ; elles éprouvent une inclination pour la condensation, une aversion pour la tension ; elles aspirent à l’une et luttent contre l’autre. »

Haeckel dit également : « Les différentes relations des divers éléments les uns envers les autres, que la chimie appelle « affinité », constituent l’une des propriétés les plus importantes de la matière pondérable ; elle se manifeste dans les différentes quantités relatives ou proportions de leur combinaison et dans l’intensité de leur accomplissement. Chaque nuance d’inclination, depuis l’indifférence complète jusqu’à la passion la plus ardente, se retrouve dans l’action chimique des divers éléments les uns envers les autres, tout comme nous le trouvons dans la psychologie de l’homme, et particulièrement dans la vie des sexes. Goethe, dans son roman classique Les Affinités, a comparé la relation d’un couple d’amants au phénomène du même nom dans la formation des combinaisons chimiques. La passion irrésistible qui attire Édouard vers l’Ottilie sympathique, ou Pâris vers Hélène, et qui franchit toutes les bornes de la raison et de la morale, est la même force attractive « inconsciente » qui pousse le spermatozoïde vivant à forcer l’entrée dans l’ovule lors de la fécondation de l’œuf de l’animal ou de la plante — le même mouvement impétueux qui unit deux atomes d’hydrogène à un atome d’oxygène pour former une molécule d’eau. Cette unité fondamentale de l’affinité dans toute la nature, depuis le processus chimique le plus simple jusqu’à l’histoire d’amour la plus compliquée, fut reconnue par le savant grec Empédocle, au Ve siècle avant J.-C., dans sa théorie de « l’amour et la haine des éléments ». Elle reçoit une confirmation empirique des progrès intéressants de la psychologie cellulaire, dont nous avons appris à apprécier la grande signification au cours des trente dernières années. Sur ces phénomènes, nous fondons notre conviction que même l’atome n’est pas dépourvu d’une forme rudimentaire de sensation et de volonté, ou, comme il vaut mieux l’exprimer, de sentiment (aesthesis) et d’inclination (tropesis) — c’est-à-dire d’une « âme » universelle du caractère le plus simple. La même chose doit être dite des molécules composées de deux atomes ou plus. Des combinaisons ultérieures de différentes sortes de ces molécules donnent naissance à des composés chimiques simples, puis complexes, dans l’activité desquels les mêmes phénomènes se répètent sous une forme plus compliquée. »

La science admet aujourd’hui, mieux encore, affirme positivement que le principe de Vie est immanent dans toutes les formes de choses matérielles, et qu’il se manifeste à travers elles, qu’elles soient inorganiques ou organiques. Nous ne nous préoccupons pas ici de l’idée de la présence de l’esprit dans toutes ces formes, sauf dans la mesure où l’esprit accompagne toujours la vie. La Vie est généralement définie comme la qualité de sensation et de volonté manifestée dans les formes de matière. Mais une définition plus précise est maintenant avancée par la science. La conception la plus récente est que la Vie consiste dans le pouvoir d’action et de mouvement indépendants — c’est-à-dire dans la capacité d’agir et de se mouvoir à partir d’un pouvoir intérieur et inhérent, et non à partir d’une puissance ou d’une force appliquée de l’extérieur. C’est précisément ce pouvoir d’agir et de se mouvoir que l’Enseignement Arcanique tient pour être la seconde phase de l’existence du Vril. Un corps peut posséder sensation et volonté — capacité de sentir et capacité d’exercer la volition — et pourtant ne pas être capable d’agir ni de se mouvoir. Le sentiment et la volonté sont des états ou des qualités mentaux — mais le pouvoir qui agit et qui meut est quelque chose de différent de l’esprit, car c’est ce que l’on appelle la force vitale, l’énergie de vie, ou Vril. Un homme peut sentir la piqûre d’un insecte, et peut ensuite vouloir écarter l’insecte. Mais à moins que (par l’exercice de sa volonté, habituellement, ou parfois par activité réflexe) il n’envoie un courant de force vitale, d’énergie de vie, d’énergie nerveuse — de Vril, en un mot — ses muscles ne se contracteront pas et sa main ne bougera pas. De plus, sans Vril, il ne peut même pas accomplir les processus de pensée et parvenir à une décision concernant l’écartement de l’insecte. Le Vril est la force qui fait fonctionner la machinerie de la vie, depuis le mouvement le plus rudimentaire jusqu’au plus haut exercice des cellules cérébrales du philosophe ou du mathématicien.

Le Vril, donc, dans sa seconde phase de manifestation ou d’existence, est le pouvoir intérieur d’action et de mouvement de toutes les formes matérielles de l’univers. C’est par l’action du Vril que les ions, électrons, corpuscules ou particules de matière élémentaire sont attirés et repoussés, et par lequel ils s’engagent dans le tourbillon sauvage les uns autour des autres qui ressemble au mouvement des planètes autour de notre soleil ; cette attraction et cette répulsion, et le « tourbillon » qui en résulte, se combinent pour former ce que nous connaissons comme l’atome de matière. De même, c’est le Vril qui fait que ces atomes sont attirés et repoussés, et qui leur fait manifester une vibration constante, formant ainsi les combinaisons qui nous donnent nos quatre-vingts éléments de matière. Et c’est par le Vril que les molécules (formées de deux atomes ou plus) manifestent leurs degrés variables de cohésion et autres qualités, propriétés et attributs moléculaires, nous donnant ainsi les qualités distinctives de la matière dans toutes ses formes variées. Le Vril est donc l’énergie fine ou la force qui permet aux choses matérielles de se mouvoir par leur propre pouvoir — le pouvoir qui est en elles. Le Vril est, en lui-même, ce pouvoir intérieur qui permet à la particule ou à l’atome de matière de se mouvoir vers et depuis ; qui permet aux atomes de former leurs combinaisons ; qui fait que les molécules manifestent leurs qualités ; qui permet à l’homme de plier son bras et de diriger sa plume sur l’ordre et le commandement de sa volonté, poussé par ses sentiments ou ses désirs, et supervisé par son raisonnement intellectuel.

De plus, le Vril est au cœur du grand mystère de la science — la Gravitation ; cette force qui opère sur des infinités d’espace sans mesure de temps, et en dépit des obstacles et des interférences. La Gravitation, qui contredit toutes les lois mineures de la physique, se révèle en réalité être le Vril, l’énergie de vie et la force vitale, dans sa seconde phase de manifestation. Le Vril, dans la seconde phase de manifestation, imprègne tout l’espace — il est immanent dans l’éther universel. Où que quelque chose soit, le Vril est présent, dans sa seconde phase de manifestation. Ce qui précède est tout à fait insuffisant pour donner une idée complète de l’existence et de la nature du Vril, mais cela suffit pour nos besoins à ce stade.