Leçon II: Le Vril dans la vie organique
Le Vril, dans le troisième sens du terme, ou dans la troisième phase de sa manifestation ou de son existence, est la force de vie ou l’énergie vitale de toutes les formes organiques de vie — de toutes les créatures vivantes. Depuis la cellule unique ou le monère dans la vase du fond des océans, ou les formes quasi-organiques inférieures de sédiments verts ou de dépôts sur les rochers et les vieux arbres, jusqu’aux formes les plus élevées de la vie animale et humaine, le Vril est toujours présent et opérant. De même que le protoplasme est la phase particulière de la matière qui sert de corps aux organismes vivants, de même cette phase ou forme de Vril est la force ou l’énergie particulière qui accompagne toujours la vie organique. En réalité, elle constitue la propriété ou l’attribut distinctif de la vie organique. Lorsque la science est obligée de décider si une chose est « vivante » au sens ordinaire du terme, c’est la possession ou la non-possession de cette forme de Vril qui permet de trancher la question et d’établir la distinction. C’est cette troisième phase de manifestation du Vril qui forme le sujet de notre présente étude dans ce livre.
Le Vril, dans sa troisième phase de manifestation, est l’énergie qui accomplit les fonctions de la vie dans l’organisme vivant. C’est le pouvoir par lequel la créature vivante effectue les processus de digestion, d’assimilation, d’excrétion, de nutrition, de réparation et d’élimination. C’est le pouvoir par lequel elle meut son corps par une volonté consciente, et par lequel s’effectuent les mouvements inconscients des cellules et des organes du corps. Le Vril fait battre le cœur, et fait que les artères et les veines portent et propulsent le sang dans son cours extérieur et intérieur. Il provoque l’action péristaltique particulière des intestins et des autres canaux. C’est le pouvoir par lequel la volonté meut la main et les doigts, et par lequel ces mots sont écrits. Nous avons l’habitude de penser que la volonté cause ces mouvements, et c’est effectivement le cas, mais seulement indirectement. La volonté est une phase mentale ; elle choisit d’effectuer le mouvement, après quoi elle libère ou projette le Vril le long des canaux nerveux vers les muscles. Les muscles se contractent alors, et le mouvement s’accomplit. La volonté est comme l’opérateur qui dirige l’une des grandes grues dans une aciérie moderne : en appuyant sur un bouton ici et en actionnant un levier là, il fait pivoter le puissant instrument dans n’importe quelle direction, le fait descendre sur une énorme masse d’acier, la soulève et la déplace vers le point désiré. Mais ni l’homme ni la machinerie ne pourraient faire accomplir ce travail à la grue s’il n’y avait pas à disposition une puissance (électricité ou vapeur) soumise au contrôle et à la direction de l’opérateur. Le Vril dans le corps humain est comme l’électricité dans le tramway : c’est ce qui fait que les choses « avancent ».
Bien que le Vril soit distribué dans tout le corps humain — même la plus petite cellule en possédant sa part —, il se trouve principalement dans les deux grands systèmes nerveux et est accumulé dans les grands réservoirs du cerveau, de la moelle épinière et des divers plexus ou ganglions du système nerveux. Pour les besoins d’une conception simple et d’une pensée facile, nous pouvons considérer cette phase du Vril comme le « fluide nerveux » ou la force nerveuse de la physiologie, en nous souvenant cependant toujours qu’il n’est pas plus un « fluide » que ne le sont le magnétisme ou l’électricité, et qu’il n’est pas une force mécanique. Il est beaucoup plus proche du pouvoir mental que de la force physique ordinaire, tout en étant différent de l’un et de l’autre. Sa place se situe entre le pouvoir mental et la force physique, tout en ressemblant un peu aux deux. Toutes les tentatives pour identifier le Vril au pouvoir mental ou à la force physique sont vouées à l’échec, car il s’agit d’une chose en soi — une manifestation distincte de la nature ou de ce qui se trouve derrière la nature. On observe dans certains milieux une tendance à considérer la « force vitale » ou la « vitalité » comme une entité distincte ou une « âme » qui anime le corps physique ; la même tendance peut se manifester chez les étudiants lorsqu’ils considèrent la troisième phase du Vril. C’est une erreur, et toutes les meilleures autorités la condamnent formellement comme telle. Par exemple, Huxley, en parlant du principe de « vitalité », dit : « Considérés indépendamment des phénomènes de la conscience, les phénomènes de la vie dépendent tous du fonctionnement des mêmes forces physiques et chimiques que celles qui sont actives dans le reste du monde. Il peut être commode d’employer les termes « vitalité » et « force vitale » pour désigner les causes de certains grands groupes d’opérations naturelles, comme nous employons les noms d’« électricité » et de « force électrique » pour en désigner d’autres ; mais il cesse d’être approprié de le faire si un tel nom implique l’absurde supposition que soit l’« électricité », soit la « vitalité » sont des entités jouant le rôle de causes efficientes des phénomènes électriques ou vitaux. »
De la même manière, il est erroné de considérer le Vril comme une entité ou une âme causant directement et immédiatement les activités et les mouvements du corps. Le Vril n’est ni l’âme, ni l’esprit, ni l’esprit de la personne, pas plus qu’il n’est son corps physique ; il est une puissante force naturelle opérant sur le corps sous le contrôle des facultés mentales conscientes ou subconscientes. Ses activités se manifestent dans et au moyen des formes et de la structure corporelles physiques, c’est vrai, mais elles sont inspirées et dirigées par l’esprit, conscient ou subconscient. La forme physique peut et porte bien sa charge de Vril, mais elle ne produit pas celle-ci. Le Vril énergise et meut la structure physique, mais il ne la cause pas. De la même façon, bien que le Vril soit actif dans chaque processus de pensée, il n’est pas produit par la pensée ; et bien qu’il énergise les processus de pensée, il ne produit pas la pensée au sens de la causer. L’Esprit (au sens ordinaire), le Vril, soit comme principe soit dans sa manifestation, et la Matière, soit comme principe soit dans sa manifestation, sont les trois principes manifestés coordonnés de l’Infini, et dépendent les uns des autres pour leurs activités. Tel est l’enseignement non seulement de la science moderne, mais aussi des anciens sages arcaniques.
Dans les volumes précédents de cette série consacrés à l’Enseignement Arcanique, nous avons vu que la Matière existe sous des formes bien plus ténues, subtiles et fines que celles connues des sens de l’homme ; et aussi sous des formes bien plus grossières que ce que l’imagination humaine peut concevoir. Dans le même enseignement, nous pouvons voir que, encore plus subtiles que les formes les plus fines de matière mentionnées, existent des substances éthériques infiniment rares, ténues et raffinées. Il en va de même pour l’enseignement concernant le Vril. Non seulement nous voyons le Vril se manifester dans les mouvements intérieurs des ions, atomes et molécules de la matière, et à nouveau dans ses phases plus fines de la vie animale et humaine, mais l’enseignement affirme qu’il existe des formes et des manifestations de Vril tellement supérieures à ces dernières que l’esprit humain ordinaire serait incapable de les concevoir. Mais le principe du Vril reste toujours le même, dans ses manifestations hautes ou basses. Une grande partie de ce que l’on appelle les « phénomènes psychiques » ne peut s’expliquer que par la connaissance de l’existence, des principes et des lois du Vril, tels qu’ils sont exposés dans les Enseignements Arcaniques. Même les processus ordinaires de la pensée s’effectuent grâce à l’aide du Vril d’une manière qui n’est pas encore comprise par les hommes ordinaires, ni même par les scientifiques physiques. Il appartient à l’occultiste d’énoncer et de comprendre les forces plus fines de la nature, telles qu’elles se manifestent dans les processus que nous appelons « pensée ».
Beaucoup d’entre nous confondent l’idée de « pensée » avec celle d’« esprit », mais l’occultiste et le scientifique savent qu’il n’en est rien. L’Esprit, en lui-même, est un grand principe dont la nature exacte ne peut être saisie par l’esprit ordinaire. La pensée, au contraire, est une manifestation de l’esprit, assistée par le Vril. Le scientifique matérialiste qui perçoit le fonctionnement du Vril dans les processus de la pensée, et qui reconnaît le lien entre ces processus et ceux du monde physique, a raison dans la mesure où il va, car les activités du Vril y sont employées, tout comme elles le sont dans de nombreux processus physiques et chimiques pour les raisons que nous avons déjà exposées. Mais il fait une induction erronée lorsqu’il soutient que, pour cette raison, la pensée n’est qu’« une sécrétion de la matière » ou « un sous-produit de la matière ». Il ne réalise pas que l’Esprit est la cause originelle de la pensée, et qu’il emploie le Vril dans ses processus de pensée tout comme il emploie la matière fine des cellules cérébrales dans ces processus. C’est seulement lorsque nous reconnaissons la coexistence et la coordination de l’Esprit, du Vril et de la Matière que nous sommes en mesure de percevoir les causes réelles sous-jacentes aux phénomènes de la pensée.
La science physique commet également une erreur lorsqu’elle tente de limiter les activités de la « force vitale » ou de la « force nerveuse » (qui ne sont que des noms pour les activités d’une phase du Vril) au seul corps humain particulier dans lequel elle est générée ou stockée. La science perd ainsi l’occasion d’expliquer de manière satisfaisante de nombreux phénomènes troublants, en s’en tenant à cette conception archaïque et étroite. Ce que l’on appelle généralement les « phénomènes psychiques » ne peut s’expliquer que lorsque l’on perçoit et admet le fait de l’effet du Vril à « longue distance ». De même, beaucoup de métaphysiciens et de pseudo-occultistes se trompent lorsqu’ils tentent d’expliquer certains phénomènes psychiques par l’hypothèse d’une « action de l’esprit » seule. L’esprit ne peut produire d’effet à distance sans employer le pouvoir du Vril, pas plus que l’opérateur du télégraphe sans fil ne peut produire ses effets à longue distance par sa seule volonté, sans l’aide de la puissance employée dans ses merveilleux instruments.
Le physiologiste qui laisse le Vril en dehors de ses calculs n’est pas plus perdu en mer que le métaphysicien moderne ou le « scientifique mental » qui l’omet de ses théories, explications et expériences. Sans le pouvoir du Vril, il ne pourrait y avoir aucun des phénomènes du mentalisme, rendus si populaires par les nouvelles écoles de science mentale et le grand renouveau d’intérêt pour l’occultisme ancien qui a marqué la génération actuelle. Le scientifique mental qui comprend la nature et les méthodes d’emploi du Vril est en mesure de doubler ses succès. Il utilise bien sûr le Vril, inconsciemment et à son insu, dans toutes ses expériences et son travail — mais il gaspille plus d’énergie qu’il n’en utilise. C’est seulement lorsqu’il comprend la nature du Vril et les méthodes de son emploi dans son travail de science mentale qu’il peut espérer projeter son pouvoir mental de manière efficace et efficiente. Pourtant, certains de ces praticiens sont tellement emportés par leurs théories métaphysiques qu’ils répètent inlassablement « tout est esprit » et nient jusqu’à l’existence d’un principe tel que le Vril.
Ceux qui affirment que « les pensées sont des choses » ont raison dans la mesure où ils vont — mais ils ne vont pas assez loin. Une pensée ne peut être générée sans Vril. Elle ne peut pas non plus être projetée à distance sans un emploi particulier de la force du Vril. La croyance sincère et la foi active de nombreux praticiens de la science mentale les amènent à energiser inconsciemment leur pensée avec du Vril, malgré leurs dénégations de son existence. S’ils mettaient de côté une partie de leurs préjugés et étudiaient le sujet du Vril, ils pourraient et seraient en mesure d’energiser leur pensée de telle sorte que leur pouvoir et leur succès seraient doublés. Le métaphysicien étroit est tout aussi dans l’erreur que le matérialiste étroit. C’est seulement lorsque l’on reconnaît le triangle de l’être — Esprit, Vril et Matière — que l’on peut manifester pleinement ses pouvoirs et ses énergies.
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